Quand j’étais gosse, j’étais persuadé que c’étaient les dessinateurs qui faisaient mon magazine préféré. Je veux dire : lui donnaient son look, sa forme et le fabriquaient. Mon père ayant longtemps été imprimeur, j’ai vite appris que la fabrication stricto sensu était une chose à part. Mais je restais convaincu que les dessinateurs apportaient eux-mêmes la maquette du journal à l’imprimerie.

Cette perspective m’exaltait : je serai dessinateur ! J’englobais là-dedans la bande dessinée et l’illustration, bien sûr, puis le dessin animé, mais pas la peinture, que je regardais comme une forme archaïque du Métier. Dans mon élan, j’y ajoutais sans compter la création d’objets, de logos, la mise en pages… bref, tout ce qui démarre avec un crayon et une gomme.

J’ai compris bien plus tard qu’un dessinateur n’est pas forcément graphiste et vice versa. Mais le pli était pris. Alors j’ai décidé de continuer à exploiter ces deux formes d’expression. L’une alimentant l’autre par une alchimie toujours pleine de mystère.

Alain Béthune